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evant la famille Sandler, présente ce soir-là, plusieurs avocats représentants des victimes du procès Mérah se sont déplacés : Maître Elie KORCHIA, avocat de la famille Sandler, Maître Samia Maktouf, avocate de la famille Ibn Ziaten et Frédéric PICARD et Béatrice DUBREUIL, avocats de Albert Chenouf.

Pour rappel, Abdelkader MERAH, le frère de l'assassin terroriste, a été reconnu coupable d'association de malfaiteurs à but terroriste mais pas de complicité de meurtre. Le parquet a fait appel de cette décision.

La République doit rester debout

Première à prendre la parole, Maître Samia MAKTOUF, avocate de la famille Ibn Ziaten, l'un des militaires exécutés froidement, indique que "le procès a été équitable : jamais le droit de se défendre n'a été remis en cause par les avocats de la partie civile. Ce sont d'ailleurs les parties civiles qui ont donné la meilleure image, par leur dignité, en regard du comportement des avocats de la Défense ".

Maître Béatrice DUBREUIL, avocate de Albert Chenouf, pose alors la question : "Comment peut-on encore vivre des choses comme ça au XXIe siècle? ". Regrettant que "cette mère qui a enfanté des monstres ne se soit pas montrée plus discrète", elle égraine alors plusieurs motifs de satisfaction : "malgré la difficulté de situer la limite de la complicité ainsi que la difficulté de la prouver, notamment à cause des nombreuses dissimulations de preuves, la peine prononcée de 20 ans correspond à la peine maximale pour ce type de qualification ". Indiquant que les leçons de ce premier procès serviront lors du procès en appel, elle clôture son allocution par ces mots : "La République doit rester debout ".

Maître Frédéric PICARD, également avocat de Albert Chenouf, embraye en précisant que "ce procès a une dimension historique : pour la première fois, on dispose de l'instigateur, l'idéologue, celui qui a donné l'impulsion. Auparavant, on s'attaquait au baril de poudre, à la mèche, mais pas la cause ". S'agissant de la difficulté de prouver la complicité, Me PICARD rappelle que "Mohamed Merah était un électron libre ne supportant pas la frustration, agissant dans l'instant, sans réfléchir. L'inverse même de son comportement lors des attaques. En quelques mois, il devient très organisé et connaît par coeur son plan, avec une maîtrise absolue des gestes. Or, cette période correspond justement à la reprise de contact avec son frère, Abdelkader ". Il clôture par cette phrase : "On peut être complice sans être présent sur place, juste en donnant un ordre ".

Dernier des avocats à prendre la parole, Maître Elie KORCHIA, avocat de la famille Sandler, commence par remercier Michel Zerbib, qui lui a souvent permis d'aborder ce procès sur l'antenne de Radio J, et Albert Elharrar et toute la commission de la Communauté de Créteil, pour avoir organisé cette conférence. Il détaille son sentiment sur la façon dont les débats se sont déroulés : "Il y a eu des polémiques, entretenues par les avocats de la Défense, or jamais cette Défense elle-même n'a été contestée. Simplement, les lois de la Défense ne devaient pas s'affranchir des lois de la décence ". Référence aux paroles prononcées pour s'apitoyer sur le sort de la mère des fils Mérah. Il poursuit : "Face aux valeurs de destruction des accusés, la partie civile a apporté la République. Ce procès avait deux objectifs. Le premier concernait la nécessité de rendre hommage aux victimes en martelant constamment leurs noms, pour contrebalancer les noms des accusés entendus chaque jour du procès. Cet objectif a été atteint. Il existait un second objectif : recevoir un verdict exemplaire. Là, nous sommes déçus ".

Face à ce verdict minoré à cause du fait que la complicité de meurtre n'avait pas été retenue, Me KORCHIA retient pourtant que "c'est déjà une victoire de notre justice d'avoir pu juger le frère de l'accusé malgré la dissimulation de nombreuses preuves. N'oublions pas que c'est le simple fait que le frère ait reconnu sa présence pour l'achat du scooter qui a permis l'inculpation, puisque les preuves matérielles de sa présence sur les lieux avaient été dissimulées. Malgré cette difficulté à prouver, n'oublions pas que, d'une part, le frère a été reconnu coupable de la peine maximale pour le motif retenu, alors que la Défense plaidait l'acquittement, et, d'autre part, que l'autre personne inculpée à ce procès, reconnu coupable d'aide à la logistique, a été condamné à 14 ans . Ceci pourrait servir de leçon à l'avenir aux petits voyous qui pensent pouvoir fournir des armes ou de la logistique sans rien redouter en pareille situation ". Me KORCHIA termine alors  par ces mots : "Nous avions affaire ici à un monstre à deux têtes : un cerveau et un exécutant. La France n'a pas été mise à genou. Ce sont nos valeurs et ceux de la République qui triompheront ".

Questions / Réponses

Q : Les tueurs se sont revendiqués de la religion musulmane, que peut-on en dire? Les musulmans devraient-ils prendre plus franchement position?
R : Me Samia MAKTOUF : "Ce sont des personnes qui n'aiment plus la vie. On ne peut plus les arrêter lorsqu'ils sont déterminés. D-ieu n'a jamais ordonné de supprimer le vie. Je suis née a Sousse, où se côtoyaient juifs, musulmans et italiens. Chacun respectait les pratiques et les traditions des autres. Ce n'était pas le procès de la religion de Abdelkader mais de ses actes. On se battra pour que la complicité soit reconnue ".

Q : Qui a payé le grand cabinet d'avocats qui a défendu le frère?
R : Me Samia MAKTOUF : "On touche à un principe fondamental de la justice. Payé ou gratuit, peu importe car il en va de l'honneur de la Démocratie que de fournir une Défense à tout accusé ".

Q : le procès en appel peut-il aboutir sur une condamnation moins lourde que le premier procès?
R : Me Elie KORSHIA : "Sur le principe, oui. Mais on se battra pour que la peine soit plus forte. Les magistrats ne sont pas allés au bout du raisonnement concernant la complicité car il s'agissait du premier procès de ce type ".

Q : Quels éléments supplémentaires serviront en appels?
R : Me Elie KORSHIA : "La troisième semaine du procès a été un moment clé avec la déclaration du neveu d'Abdelkader contre son oncle. Cela servira également en appel ".

Q : L'arsenal juridique français est-il suffisant?
R : Nos outils juridiques ne sont pas adaptés pour prouver lorsque le suspect n'utilise pas de téléphone mobile, ne signe aucun engagement, ne publie aucun commentaire sur les réseaux.

Q : Faut-il rétablir la peine de mort?
R : La mort est ce qu'ils recherchent. Une exécution serait la suprême récompense. Il fait les sanctionner par la vie.

Q : pourquoi ne s'agissait-il pas d'un jury populaire plutôt qu'à des magistrats professionnels?
R : c'est la loi qui veut ça. La loi a changé en 1986, au moment d'Action Directe, puisque les jurys populaires avaient été menacés et demandaient à être dessaisis du procès. Il est nécessaire de disposer d'un bagage juridique pour juger de ce type de procès.

EKA

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Grande conférence-débat sur l'après procès Mérah

 

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